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28 octobre 2007

Le fleuve, par Bernard Barthuet

Le fleuve pousse du front
vers la promesse de la mer
toujours.
Les ponts comme des jougs.

Le fleuve s'abandonne
à la lenteur de ses sillons
où roule le néant de l'eau
l'attente

Le fleuve raboté
la dégénérescence des quais de pierre :
où est la boue ?
où est le marécage ?

Le fleuve ouvre la ville
en y portant le souvenir des sources
dans quelques gouttes d'eau
pure
limpide
qui demeurent
incroyables
dans le jusant de boue

Le fleuve
le ciel
unis dans le brouillard
où s'étouffent les bruits de la ville
lumière froide
vies oubliées

Le fleuve prend dans ses voiles
l'inoffensif
le rêveur des quais

Le fleuve
obèse
garde en son ventre
les déchets de la vie.
Laver les souvenirs.
Autoriser l'oubli.

Le fleuve
lisse
laise émerger ses îles
terres avortées
indifférent
aux rêves de départ

Le fleuve haut
le fleuve fort
les torrents géniteurs
l'eau animale

Au fond
un lit de fer :
le fleuve
maison ouverte
maison des morts.

Le fleuve
répète ses cents vagues
chapelet de reflets
où le soleil devient murmure
pour le connaisseur des secrets

Le fleuve
inlassable
caressant
a mis à nu les racines tordues d'un arbre
que l'on voyait si beau.
La vérité de l'eau.

Rincé de boues froides
lavé de mousses
grumelé
de bulles crevant en bouches pétillantes
le fleuve à sa frontière

Le fleuve
répété
au fil de l'eau
des jours
le repos du silence

Les noyés en exil
le fleuve
cimetière
aux lentes processions

Le fleuve
accueillant
emmène le nageur
dans le courant du rêve

Le fleuve
indéchiffrable
le poème inutile ?
l'eau qui passe.


"Le fleuve" est un recueil paru aux Éditions le Pré de l'Age, en 1994
Merci à Bernard Barthuet et à Roland Tixier d'autoriser sa virtuelle publication.
Ce texte est protégé par le dépôt légal (août 1994)

Bernard Barthuet au pré # carré :

- Journal de quelques jours d'été à Combret (2005)

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