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31 octobre 2007
Au coin d'la rue...
Hier soir, au coin d’une sombre ruelle, je croise mon bon ami Jean-Louis Roux. Celui-ci, auteur de nombreux recueils de poésie, éminent observateur de la chose littéraire, maître d’œuvre d’une Anthologie des poètes en région Rhône-Alpes parue en 2005 sous l’égide de la Maison de la poésie Rhône-Alpes et du Temps des Cerises, et accessoirement auteur de l’un des quatre carrés rectangulaires* publié chez moi, en octobre 2000, m’interpelle au sujet du livret de Jean-Louis Jacquier-Roux.
-Quel dommage, me dit-il, quel dommage qu’un auteur de cette qualité se contente…
-Se contente de quoi ? De publier chez moi ?
-Oui, hem hem... C’est cela ! En effet, alors qu’il existe de vrais…
-De vrais éditeurs ?
-Oui, n’est-ce pas ! Enfin ! Tant mieux pour toi si les auteurs te donnent des textes de cette qualité, mais ce gâchis, c’est dommage quand même…
Nous sommes interrompus par l’arrivée de la personne avec qui j’ai rendez-vous… tant pis… j’aurais aimé poursuivre… cette question traîne depuis longtemps entre nous…
Je pourrais toujours répondre à mon ami Jean-Louis Roux que les poètes publiés par mes soins sont le plus souvent sollicités, comme ce fut le cas pour le dernier, et qu’il arrive qu’ils m’en soient reconnaissants… comme il arrive qu'ils me soient reconnaissants du regard porté sur leur travail, sur leur écriture, du bout de chemin accompli ensemble. Je m’interroge souvent sur cette notion de « vrai éditeur », qui revient quelquefois dans les propos de mes interlocuteurs, de face, de profil ou dans mon dos.
Un vrai éditeur publie de vrais livres, pas des plaquettes, de vrais livres imprimés par de vrais imprimeurs, si la différence est là… mais je vois de vrais livres, il existe une norme je crois en termes de pagination, imprimés par de vrais imprimeurs, qui sont de bien vilains objets, et quelquefois de piètre qualité… Alors, le catalogue de la Déroute de Bombay, avec ses belles pages couleurs et son papier glacé, est-ce un vrai livre pour lequel on en pince, Monseigneur ?
Un vrai éditeur use d’un réseau de diffusion et d’un réseau de distribution professionnel… mais je connais nombre d’éditeurs de poésie, et d'autres genres, qui diffusent et distribuent leurs ouvrages par leurs propres moyens… Alors ?
Un vrai éditeur, donc, distribue ses livres en librairie, et les vends de la sorte… mais les carrés, dont le tirage premier est de 300 exemplaires, sont lus par un réseau d’une centaine d’abonnés, les 300 exemplaires s’épuisant en deux à trois années, qu’ils soient vendus, donnés, offerts, voire volés. Je sais aussi à quel public j’ai affaire, écrivains, lecteurs confirmés, vrais aficions… Alors, quand, c'est un exemple, "Bleu sur bleu" de Ludovic Degroote, atteint en 10 ans ses 1000 exemplaires, de quoi qu'on cause, de la confiture au gras de cochon jetée à tous les groins de la création ?
Un vrai éditeur est un professionnel, il s’engage financièrement et de façon permanente dans son activité … Mais je vois tant de professionnels de la profession claquer du bec et ne tenir qu’avec le soutien des institutions qu’il ne me semble pas nécessaire d’entamer à la suite de ces danseurs boîteux quelques ronds de jambes et entrechats devant le buffet dégarni… Allez ! mes soucis d'argent et mes découverts bancaires en valent bien d'autres, Messieurs ! "Si l'argent ne fait pas le bonheur, rendez-le". disait Jules Renard.
Un vrai éditeur est un découvreur, un dénicheur de talents ! un chercheur de pépites dans la sombre forêt des aphorismes ! Sur le terrain de la modestie, je ne crains personne, la qualité reconnue du catalogue de pré # carré, le choix des textes, par essence les invitations formulées aux auteurs, puis ce qu’ils publient par ailleurs m’autorise à dire et à penser que mon catalogue est l’un des mieux achalandés, l’un des plus cohérents de la petite édition… Alors, imagine-t-on que je ne fasse que racler les fonds de tiroirs à la recherche de quelques croûtes à grignoter ? Mes appétits sont autres...
Alors je ne sais pas… se trouve-t-il quelqu’un ici pour me dire ce qu’est un vrai éditeur qui publie de vrais livres ?
J'ai eu le même type d'échange avec un Jacques Brémond, à Rochefort-sur-Loire, cet été. Et moi de lui répondre :
"Ma chance c'est aussi de ne jamais me prendre pour ce que je ne suis pas et d'avoir une claire conscience de ce que je fais".
Il est vrai que mon camarade Jean-Louis Roux, un homme dont j’apprécie très sincèrement, par ailleurs, la rigueur intellectuelle et l’honnêteté, m’a dit un autre jour :
« Bah, ce n’est que le pré # carré ! »
Ce à quoi j’aurais pu lui répondre, si j’étais méchant homme :
« Bah, ce n’est que toi ! »
Jean-Louis Roux au pré # carré : -
La ficelle est trop grosse ; restent les bouts… -
Octobre 2000
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29 octobre 2007
Ma petite entreprise...
22:55 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28 octobre 2007
Le fleuve, par Bernard Barthuet
Le fleuve pousse du front
vers la promesse de la mer
toujours.
Les ponts comme des jougs.
Le fleuve s'abandonne
à la lenteur de ses sillons
où roule le néant de l'eau
l'attente
Le fleuve raboté
la dégénérescence des quais de pierre :
où est la boue ?
où est le marécage ?
Le fleuve ouvre la ville
en y portant le souvenir des sources
dans quelques gouttes d'eau
pure
limpide
qui demeurent
incroyables
dans le jusant de boue
Le fleuve
le ciel
unis dans le brouillard
où s'étouffent les bruits de la ville
lumière froide
vies oubliées
Le fleuve prend dans ses voiles
l'inoffensif
le rêveur des quais
Le fleuve
obèse
garde en son ventre
les déchets de la vie.
Laver les souvenirs.
Autoriser l'oubli.
Le fleuve
lisse
laise émerger ses îles
terres avortées
indifférent
aux rêves de départ
Le fleuve haut
le fleuve fort
les torrents géniteurs
l'eau animale
Au fond
un lit de fer :
le fleuve
maison ouverte
maison des morts.
Le fleuve
répète ses cents vagues
chapelet de reflets
où le soleil devient murmure
pour le connaisseur des secrets
Le fleuve
inlassable
caressant
a mis à nu les racines tordues d'un arbre
que l'on voyait si beau.
La vérité de l'eau.
Rincé de boues froides
lavé de mousses
grumelé
de bulles crevant en bouches pétillantes
le fleuve à sa frontière
Le fleuve
répété
au fil de l'eau
des jours
le repos du silence
Les noyés en exil
le fleuve
cimetière
aux lentes processions
Le fleuve
accueillant
emmène le nageur
dans le courant du rêve
Le fleuve
indéchiffrable
le poème inutile ?
l'eau qui passe.
"Le fleuve" est un recueil paru aux Éditions le Pré de l'Age, en 1994
Merci à Bernard Barthuet et à Roland Tixier d'autoriser sa virtuelle publication.
Ce texte est protégé par le dépôt légal (août 1994)
Bernard Barthuet au pré # carré :
- Journal de quelques jours d'été à Combret (2005)
09:10 Publié dans Anthologie portative | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27 octobre 2007
On sort en boîte ?
Ca doit être ça, un cyber-monde qui va vite, à l'avenir (qu'était plus beau hier nul n'en doute), je me la donnerai, je me mettrai en quart. Avant que de tomber en carafe, j'enregistrerai tout : une mémoire et pas de souvenirs, c'est le mieux.
J'avais, par la présente (hoho) le projet de vous inviter dans la boîte aux lettres carrées, activée cette semaine tant par les réabonnements (encore un effort, Messieurs les français, et vous, françaises, montrez-vous bonnes citoyennes), que par la parution du livret de Jean-Louis Jacquier-Roux, sans négliger le Salon de la revue, où l'on en croise des croisé(e)s de la plume en croisière !
Tout d'abord, un missive de Pierre Présumey*. Comme il le fait si bien, Présumey, en quelques mots, sait lier le particulier au général, et ne cesse d'interroger le monde en traquant le familier, l'ordinaire, démêlant, sans avoir l'air d'y toucher de sa bonne épaule de pilier, les mêlées qui paraissent les mieux plantées. Extraits :
"Je viens de relire le carré de Jean-Louis (Jacquier-Roux), et de lui faire une lettre un peu circonstanciée. Ses poèmes m'ont fait de l'effet, un surtout, mais de celui-là, je ne lui ai pas parlé, trop difficile : "De l'utérus paternel".
Nous vieillissons, il n'y a pas de mal à cela, mais avec la vieille envie de chanter qui se heurte, en nous, avec le sentiment que le chant est comme définitivement hors jeu, "hors délai" dit Jean-Louis. Cela tire nos poèmes à hue et à dia, mais cela les rend intéressants, quand ils tentent de dépasser cette rude bataille".
La deuxième lettre est celle d’une dame à qui je refuse un manuscrit. Le sujet qu’elle aborde ne tient pas tant à ce refus, accepté et bien reçu, me semble-t-il –ne serais-je pas en permanence le rustaud dont j’apprécie le rôle ?- qu'aux façons dont les éditeurs traitent les auteurs.
Il doit être certes bien difficile de répondre à 300 ou 500 manuscrits par an, voire impossible, surtout pour des amateurs, des dilettantes, même appliqués, comme nous le sommes. Ce à quoi je pourrais objecter que si l’on reçoit 500 textes par an, c’est aussi parce qu’on souhaite, et que l'on désire offrir, par-dessus tout une visibilité -à défaut de lisibilité quelquefois- permanente. Est-ce l’objet de nos menus travaux ? J’en doute, mais passons...
Je n’aime guère la forme de mépris dont la plupart des éditeurs entourent les textes reçus.
Certains se vantent de ne même plus ouvrir les enveloppes, ou de les rejeter à la corbeille sans vergogne ; certes, on sait très vite ce qui pourrait convenir, ou non, à nos collections, le plus souvent les choix se font en quelques minutes, mais la poésie, notre petit milieu, reste, en dépit des propos universalistes, tolérants, ouverts dont il est de bon ton de se prévaloir, un monde clos. On n’y pénètre pas sans initiation, sans qu’un individu mieux informé n’indique un sentier de chèvre dans le maquis.
La non-réponse, le silence qui peuvent cerner une écriture, une création, un travail, et peu importe sa qualité, ce n'est pas là mon propos, restent une blessure. Nous sommes dans l’intime, dans la passion, nous sommes dans l’être.
C’est bien de ceci que se désole ma correspondante, au point de m’écrire :
“Pour l’instant, je veux encore croire dans mon travail, mais si cela ne plait pas décidément, il faudra que j'ai la la sagesse d’en tirer les conclusions qui s’imposent”.
Je ne crois pas -nous avons parlé au téléphone- qu’il s’agisse là de simple gloriole, de désir de se montrer, de paraître justement. Le désir d’écrire, et de dire, ne quittera certainement pas ce poète, mais, je le répète, l’absence, le sentiment de la vacuité, le silence peuvent fairent naître, ici comme ailleurs, de véritables souffrances.
Quelquefois, un simple mot suffit à gommer ce qui pourrait sembler une espèce de mépris, un genre d'abandon.
La troisième lettre est un gros manuscrit. Voici un jeune homme qui écrit, qui pond des nouvelles, et qui en expédie, littéralement, une centaine en bloc compact à ce qu’il suppose être “ un comité de lecture”, c’est à dire, nul ne l’ignore, moi.
Pour le coup –incohérence quand tu nous tiens-, me voici agacé, et prêt à sauter dans les poncifs éditoriaux dénoncés vingt lignes plus haut... Il est vrai que ce jeune homme habite la même ville que moi, à environ cinq cent mètres de mon bureau-domicile, il devrait tout de même s’informer un peu, ce jeune journaleux bien peu curieux... “Encore heureux, me dis-je, qu’il ne soit pas venu frapper à ma porte”, Cela s’est vu.
Pourquoi telle lettre m’a-t-elle incité à décrocher mon téléphone, et pourquoi telle autre m’a-t-elle titillé les nerfs ? En bref, pourquoi ai-je envie d’encourager l’une et de botter le train de l’autre ? Il ne s’agit, je vous vois venir mes soudards, ni d’une affaire de train, ni d’arrière-train, mais d’un ton, d’une sensibilité qui parle plus à la mienne, d’une manière de faire, de voir, d’une manière d’être.
“Essayer de trouver un lieu pour les textes, une maison d'édition, est, bien sûr, une chose pas marrante et douloureuse. Mais il y a là également quelque chose de “bêtement sain”.
En rapport avec l’autre, sûrement.
...
La matière ne pardonne pas l’entassement, ou alors, faut aimer les grands feux. Les choses, les mots, les gens ne font que nous traverser”.
M’écrit, pour finir, Stéphanie Ferrat*.
Quelque chose de bêtement sain... Pourquoi pas...
Pierre Présumey au pré # carré :
- cela convient, cela suffit (1999)
- un pas à la fois (2005)
- Numéro 5 de notre revue “Le Chasse-patate”, consacré à Pierre Présumey
- Stéphanie Ferrat au pré # carré : jours d’apophyses (2002)
Chaque livret au prix de 5 euros, port compris. Pierre Présumey en Trièves, mai 2006
15:50 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24 octobre 2007
Le retour, les retours !
Pfiouuuuuuuuuuuu, 10 jours déjà sans notes ! sans posts comme on semble dire ici !
Après la parution du livret de Jean-Louis Jacquier-Roux, "il ferait beau voir", et le très bon accueil que vous lui avez réservé, c'était le week-end dernier le salon de la revue, aux Blancs-Manteaux, dans le quartier du Marais.
Si le Marché de Saint-Sulpice, en juin, clôt la saison carrée (octobre, décembre, mars et juin) le Salon de la revue en ouvre une nouvelle ; c'est le moment des réabonnements, le moment des désertions aussi, hélas ! pour l'heure, vous ne vous êtes point encore tous précipités afin de remplir votre devoir, sacrée bande de mécréants ! Moui, je sais chacun avec ses propres incertitudes, ses lenteurs, ses réserves !
Merci à ceux qui ont envoyé un courrier, laissé un mail englué dans la toile. Je ne suis pas, hélas, un grand épistolier, je m'en désole quelquefois, mais je suis sensible à vos messages personnels ; ceux-ci, et la nature même de ce travail éditorial justifie peut-être, me semble-t-il, la rareté des commentaires sur ce blog.
Déjà les affaires reprennent, à la bonne vitesse, entre le 9 et le 11 novembre, ce sera "Livres en région" sous le Chapital de Bellecour, il y aura du monde : Quelle bourre à Bellecour ! La maquette du livret 53 se profile, escortée d'une volée de "36 choses à faire avant de mourir"...
Afin de me faire pardonner le ton pas si drôle de cette note (et oui je sais, vous attendiez mieux !) je placerai très vite deux albums photos sur ce site !
D'ici à là, que le ciel vous bénisse, vous et votre nombreuse famille ! Shalom, Shalfam, Shalgoss !
13:35 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13 octobre 2007
La centrale des acharnés
C'est samedi, il fait beau sur la mer, c'est le moment de se ruer en direction du super carré # marché :
Vous trouverez sur nos rayons :
Le bon de commande .jpg de "Temps ordinaire banlieue est" par Roland Tixier. Bon de commande impérative, n'est-il pas, que vous pourrez imprimer par vous-même au juste format.
Sinon, ou en plus ! c'est pas offert du tout non non non, souscrivez à l'abonnement 2008.pdf ou faîtes mieux consultez l'intégrale de notre collection la collection de livrets.pdf , ou jetez-vous sur le dernier titre paru "il ferait beau voir" par Simone, ho pardon, non, par Jean-Louis Jacquier-Roux, l'invité mystère masqué enfin démasqué de notre dixième anniversaire. la souscription Jean-Louis Jacquier-Roux.pdf
Pour plaire aux amis, vous jeterez un regard hagard sur la collection de nos titres en dépôt les dépôts carrés.pdf !
Afin de vous récompenser, et si on bat les anglais au ruguebi ce soir, vous aurez sur le blog une très joulie série de photographies des petits carrés !
16:20 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
12 octobre 2007
Rien de nouveau sous le soleil pourrissant
Tout est donc parti hier matin. Vous devriez recevoir le livret aujourd’hui, voire demain. Déjà, mon esprit se tourne vers décembre, vers le prochain carré. C’est l’un des travers de ce type de travail très régulé : le livret commence à vivre pour vous, le texte à revivre pour l’auteur –du moins, je l’imagine ainsi- et c’est là qu’il s’achève pour moi, terminé, rangé. Je ne le sortirai de cet oubli que longtemps après, pour une autre lecture, qui redeviendra celle du premier lecteur, et plus celle de l’éditeur, emmerdeur, critique, artisan, façonnier.
Il reste bon nombre de savantes manœuvres à accomplir que ce blog soit opérationnel à 100% : Trier et sérier les liens, créer une bannière qui ouvrira, et signera le ton et l’esprit général du lieu, apprendre à souligner les liens dans le corps des notes. Ce langage quasi sado-masochiste éveillera-t-il en vous quelques fantasmes, virtuels pas essence ? Vous m’en ferez part dans vos commentaires ! Les prochaines étapes, ce sont d’abord vos retours, vos réactions quant à ce livret 52, et aussi vos éventuels abonnements ou réabonnements, ce moment toujours attendu avec anxiété – ai-je fait ce qu’il fallait pour vous donner le goût d’y revenir ? N’oubliez surtout pas que ceci ne fonctionne qu’avec vos contributions, nulle subvention, extraordinaire ou commune, ne vient remplir la caisse, juste vos sous, quand ce ne sont pas les miens !
L’argent, l’argent, tout s’achète et tout se vend.
J’apprends par le bulletin de l’Arald (voici qui devrait être en surbrillance pour un accès direct, en effet) (Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation) que la « Librairie des Nouveautés », place Bellecour, à Lyon, fermera ses portes fin octobre, pour laisser place à une banque.
Je n’ai rien contre les banques, j’imagine même que s’il s’était trouvé un banquier pour prêter à un hurluberlu de quoi reprendre le fonds de la Librairie des Nouveautés, nous aurions été quelques un, en novembre, au moment des « Livres en région » à Bellecour, à avoir le plaisir de farfouiner dans les étagères du lieu. Ça ne sera pas, ça ne sera plus le cas. Il est dommage simplement que l’on ouvre, me semble-t-il, bien plus de banques, de cabinets d’assurances, de salons de coiffure et de mutuelles privées que de librairies.
C’est à la Librairie des Nouveautés que je croisais un après-midi d’avril un Charles Juliet rayonnant, impeccablement sanglé dans un costume bleu pétrole.
« Ca y est, pensai-je, il touche au Graal, il a retrouvé et fait retailler son uniforme d’enfant de troupe ! ».
Je n’ai jamais rien compris aux mécanismes et aux mécaniques de l’argent, j’ai toujours été dans le trivial, comprenez-vous, de ce point de vue : compter-recompter, et trop souvent compter ce qui manquait. Je n’ai nul mépris pour les banques et les banquiers, pourrais-je ici remercier, d’ailleurs, Monsieur Laurent, du Crédit Mut. à Grenoble, pour avoir accordé à pré # carré le cumul de huit années de découvertes bancaires, pour une décennie de fonctionnement ? On devrait vraiment s’intéresser à ces choses là, et ne pas les traiter par le mépris, ou l’aigreur. Je songe aussi à ces auteurs, à ces éditeurs qui affectent de dédaigner Gallimard, pour n’en citer qu’un –et c’est ce nom qui vient à l’esprit immédiatement-, pour ne jurer que par eux-mêmes le plus souvent. C’est un peu la même mécanique bien-pensante.
Je suis passé un jour devant la maison de la rue Sébastien Bottin.
« Bon Dieu, me suis-je dit, impressionné, c’est là, c’est ici…
Je me serais attendu, pour un peu, à voir déboucher Céline, Gide, ou encore Duras acoquinée à Le Clézio. Le vice appuyé sur le bras de la vertu... dirait-on pour paraphraser le Vicomte. J’étais planté sur le trottoir, je me répétais, épaté, cette phrase simple : « C’est là, Bon Dieu… ».
J’attends de vos nouvelles, j’attends vos commentaires.
Préciser aussi que la lecture de ces notes vous autorise à faire connaissance avec la Maison carrée, peut-être pas à tenter de me fourguer d’emblée, et d’autorité, vos œuvres complètes. Je n’aime pas beaucoup, jeune fille prude et farouche, que l'on glisse sa main dans ma culotte sans un consentement minimum !
11:25 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10 octobre 2007
Jaurès, par Jacques Brel
Illustrant le propos, moins le timbre et sans la musique, voici la chanson. Le texte tient tout seul. On ne va pas pousser la plaisanterie jusqu'à la dédier à Sarko tout de même ?
"Serait-il impossible
de vivre
debout ?"
Jaurès
par Jacques Brel
Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eu nos grand-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendres
Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
On ne peut pas dire qu'ils furent esclaves
De là à dire qu'ils ont vécu
Lorsque l'on part aussi vaincu
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux cieux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse
Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Si par malheur ils survivaient
C'était pour partir à la guerre
C'était pour finir à la guerre
Aux ordres de quelque sabreur
Qui exigeait du bout des lèvres
Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur
Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître
Et ils mouraient à pleine peur
Tout miséreux oui notre bon Maître
Couverts de prèles oui notre Monsieur
Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps d'un souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Bien que je sois un peu injuste avec l'actuel président de la République,
on pourrait aussi dédier ce texte là à nos amis socialistes de droite.
16:25 Publié dans Anthologie portative | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 octobre 2007
Avec les porcs
Pause, pause.
Ce mardi soir les enveloppes sont là, prêtes ou quasiment. Reste à coller le timbre, appliquer au dos l’adresse de l’expéditeur. Bruire, laisser s’envoler.
Un soir j’établirai la liste des menues tâches accomplies afin de réaliser un livret de poésie, une liste à la Perec, des infinitifs... des finesses sémantiques.
...
Profité de l’après-midi, loin des servitudes salariales, loin du chagrin, pour une promenade de rien, en ville. Je me suis étonné de voir, de dos, tant de jolies jeunes femmes marcher bien plus vite que moi.
Sur les quais de l’Isère, de hauts arbres dépassent les murets, toisent le macadam. Quatre mètres en contrebas “L’Isère roule son eau de lessive”, comme écrivait Vialatte,
Je ne connais pas le nom des arbres, je ne connais pas le nom des plantes, je connais le nom des rues, et c’est tout. Je les regarde, arrimés. Je ne connais pas leur noms.
Ces arbres, je les vois à mi-hauteur, au cœur de leur vie propre, je vois le treillis, les noeuds du branchage, les feuilles qui palpitent dans le premier vent acide de cet automne bien né. Je vois les traces, les cicatrices, les griffures, le temps passé. Je vois où tape le sang dans leurs artères de bois souple. J’ignore le nom de ces arbres aux feuilles vernissées, aux feuilles luisantes, en forme de cœur.
Ça a vécu, je me dis, Bon Dieu de Dieu, comme ça a vécu, ça trame, ça trace et ça vit. Je suis sur le quai de France, mes deux pieds cloqués sur le pavé, auprès de ces trois grands arbres ; entre eux et moi un muret de pierre. Je suis plongé en eux à mi-hauteur, leur tronc est planté, là, plus bas, au bord de l’eau qui glisse et roule, et je ne sais le nom de rien.
...
À la bibliothèque municipale, j’ai emprunté le dernier disque de Brel (Les Marquises - 1977) En écoutant “Jaurès”, j’ai pensé à ceux qui s’en sont réclamé, au printemps dernier, pendant la campagne électorale.
Dégoût, lassitude ? Pas même : “On ne plaisante pas avec les porcs” disait René Char.
21:00 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
05 octobre 2007
Une toute cousue ? *
Ouf, Sacré Diable ! les 300 exemplaires du livret d’octobre sont couturés !
Demain matin j’irai acheter à “L’éclat de verre” , rue Thiers, le papier de couverture repéré voici quelques jours. Ensuite, commencera une autre opération : le massicotage des 3 bords, et pour sceller l’affaire, l’imposition du timbre sec à nos armes !
Debout vaillant pré # carreleur ! dresse-toi sur ton amas de papier 120 grammes, et va quérir le Graal ! en l’occurence le renouvellement (c’est la saison) de l’abonnement pour les 2/3 d’entre tes fidèles !
Mardi, 150 enveloppes seront éparpillées aux quatre coins de l’hexagone, et au vent d’automne, par des préposés dévoués et volontaires pulsant du croquenot sur le pavé parigot ! godaillant dans la boue de Haute-Loire ! s’arc-boutant dans les maquis corses ! en péril dans les terrils ! chevauchant en dingue dans les massifs andins !
Qui aura collé les timbres du bout de sa langue vipérine ?
Qui aura des aphtes à trous plein la bouche ?
...
Réception aujourd’hui d’un manuscrit. Je dois confier -c’est une erreur, vous allez marceller- que je suis assez peu sollicité de ce point de vue. J’ai su entretenir ma très bonne réputation de vilain bonhomme, et l’impétrant poète, terrorisé par ma rosserie avérée, préfère réserver à d’autres ses bonnes feuilles !
Grand bien lui fasse ! Qu’il souffle ! Qu’il vive !
* Une toute cousue, c'est une cigarette extraite d'un paquet, à la différence d'une roulée.
Aussi, j'oubliai en début d'après-midi mon parapluie de Belgique au "Tonneau de Diogène", sombre gargotte grenobloise. Revenu une heure plus tard pour remettre la main sur la poignée de bois de rose de mon bien, je constatai sa définitive disparition.
Je ferai raser le "Tonneau de Diogène" quand je serai un puissant éditeur. On sèmera le sel des frites sur les ruines !
22:45 Publié dans pré # carré | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









