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29 novembre 2007

"Arrêter d'écrire" de David Markson

"Arrêter d'écrire" c'est ce que se propose Écrivain, ainsi est-il baptisé -dans le livre de David Markson (80 ans)- intitulé, justement, "Arrêter d'écrire".

(Arrêtez d'écrire, pense à l'instant l'éditeur, à l'impératif...)

Connaissez-vous "Les litanies du scribe" de Jude Stefan, parues aux éditions "Le temps qu'il fait", voici une vingtaine d'années ? Il s'agissait d'une mince plaquette, sous jaquette verte, brossant d'une ligne le portrait d'un auteur :

"Mandelstam coiffé d'un melon"
"Dumas et ses nègres"
"Lautréamont passant rue Vivienne"

Le travail de David Markson n'est pas si éloigné de celui de Stefan, si ce n'est, et c'est là tout le propos, qu'Écrivain a décidé d'arrêter d'écrire. Et de multiplier signes et coïncidences, indices et anecdotes, de façon à se donner tous les arguments pour mener à bien ce non-projet.

"Écrivain est très tenté d'arrêter d'écrire.

Écrivain est plus que las d'inventer des histoires".

Ainsi commence le livre -l'un de ces fameux livres qui ne se lisent pas- comme j'aime à dire et à ne pas lire. Une suite de 187 pages de notes, de notules, de portraits grincants. Un livre où abondent les renseignements biscornus :

"Balzac mesurait un mètre cinquante-sept", "Shubert un mètre cinquante-cinq.", et où plane, où rode l'imminence de la mort, mort de l'Écrivain, mort des écrivains,  Les notations pullulent en ce sens :


"André Gide est mort d'une maladie pulmonaire.
En relisant l'Énéide sur son lit de mort."

"Maxime Gorki est mort de la tuberculose.
À moins que son assassinat n'ait été commandé par Staline ?"

Ou plus concises, plus raides, plus roides encore :

"Richard Wright est mort d'une crise cardiaque."

"Emile Verharen est mort en tombant sous un train."

"Périclès est mort de la peste."


"Un roman sans la moindre indication d'une intrigue quelconque, voilà ce qu'aimerait inventer Écrivain."

Ce non-projet est mené à bien, et de plume de Maître. On est loin pourtant -c'est heureux- des audaces salonardes du "Nouveau roman", l'imminence et la conscience de la fin (fin de l'écriture, fin de la vie) confèrent au livre de David Markson une intensité, une présence intelligente, drôlatique, qui donne le désir de tordre le livre, de le dépiauter, de le décortiquer, de  le non- lire avec volupté, au sens entendu de la petite mort, la seule qui vaille.

Écrivain a mené à bien son projet, il a arrêté d'écrire, pour donner au non-lecteur que je suis devenu l'un des meilleurs livres qui ne se lisent pas qui soient.

" F. Scott Fitzgerald est mort après plusieurs crises cardiaques.

Ses derniers relevés de droits d'auteur montrèrent que sept exemplaires de "Gatsby le Magnifique" s'étaient vendus au cours des six derniers mois."


David Markson
"Arrêter d'écrire"
-roman- traduit par Claro
Éditions Le Cherche-Midi
187 pages - 15 euros


Quant au reste, tout va bien, je couds avec sagesse et prudence, et je prépare le Salon de l'Autre livre, qui se tiendra à la Maison des Metallos -94 rue Jean-Pierre Timbaud, dans le XI arrondissement de Paris, les 7, 8 et 9 décembre.
Venez nombreuses, surtout vous les filles de Paris, et montrez vos plus beaux atours !

Commentaires

Pour ne jamais arrêter d'écrire, ne suffit-il pas de ne jamais commencer? Contrairement à naître, commencer à écrire, c'est nous qui décidons. Peut-être??????? Et puis une fois qu'on y est....

Ecrivain.
Ecrit vain.
Et crie: vin.
Eh! crie vingt.
Ecrivent hein!
Et crie vain.
Et Krih vint.
........

Ecrit par : Bernard | 04 décembre 2007

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