02 septembre 2009

Simples choses

 

Après cette vraie-fausse rentrée dont je me suis rendu coupable en août, me revoici, et c'est fois c'est la bonne croyez-le.

Malgré tous ces silences -ou qui sait grâce à eux-, une moyenne de 60 visites quotidiennes sur ce blog en plein mois d'août, c'est assez impressionnant pour que je sois impressionné : merci à vous.

Et voici qu'un nouvel éditeur nous est donné. Et c'est dans Lyon la bonne ville que ce bonheur nous survient. Après avoir navigué longtemps dans les eaux troubles d'un dilettantisme de bon aloi, le camarade Jean-Jacques Nuel franchit le Rubicon et crée "Le Pont du Change". Il s'agit là je crois du nom d'un pont disparu de la Capitale des Gaules, comme on dit au "Jeu d'Emile Franc".

Et que nous donne ce nouvel éditeur ? Croyons qu'il commence bellement sa carrière de bourreau des lettres avec un livre de Roland Tixier : "Simples choses". L'objet est simple (et oui), clair, évident. on en voit tant et tant en petite édition qu'il me faut saluer l'élégance de ce  volume là, sa clarté, la justesse de sa maquette, ni trop rustique, ni trop apprêtée. Voici la chose, la simple chose :

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Quant au contenu, c'est du Tixier pur jus de la Courly. Quand j'étais gamin, dans les colos, on jouait à un jeu passionnant : "L'inventaire au m2". Il s'agissait de recenser, dans cet espace réduit, mais à dimension humaine -la juste distance- la totalité de ce que l'on pouvait voir et nommer. Evidemment, la plupart échappe ou diffère, suivant l'œil et la nature du regard. C'est bien à ce type de travail que se livre Roland Tixier -une forme d'inventaire au km2, ce qui situe à peu près l'espace de vie naturel d'un être humain ; ailleurs, plus loin, c'est déjà l'inconnu. On pourrait penser à un travail modeste, mais moi qui fréquente Roland depuis de nombreuses années, je pense pouvoir affirmer que rien n'est mineur dans ce projet, je trouve au contraire Tixier extrêmement ambitieux, et fort peu modeste, en cette recension formidable et forcenée. Depuis des années, il a semé sous ses pas de ces petits poèmes en trois vers, notules, bribes, constructions qu'il a nommé haïkus urbains. C'est ainsi qu'il peut affirmer -en creux- et tenter (malheureux !) de conjurer la hantise de sa propre disparition et de celle de l'autre, de nous, de moi et du plus vulgaire au vrai sens, c'est à dire du commun. S'arrêter soudain à l'angle d'une rue et être assailli par cette élémentaire vérité qui demeure, je l'imagine ainsi, extraordinaire jusqu'au dernier souffle, et pourtant si banale : "Je vais mourir, je vais disparaître". La charge des jours de peu de foi, la grande humanité de Tixier et son espérance toute entière sont contenues dans ces "Simples choses". Merci à Jean-Jacques Nuel de nous proposer ce regard et ces mots. Veux-tu que je te dise Roland ? Je suis fermement persuadé, à te lire depuis si longtemps, que tu es un véritable Perecquien… Et prends ça comme tu voudras ! Je ne reviendrai pas là-dessus ! (de plus avec un titre comme "Simples choses"… tu apportes de l'eau à mon bourrin non ?).

Pour commander "Simples choses" :

 

Simples choses.pdf

Commentaires

Merci, mille mercis pour ce bel article.
C'est le premier livre que je réalise et j'avais très peur de rater la maquette... Tes propos me rassurent.
Quant à Perec, dont je suis un fervent admirateur, je ne suis pas sûr de la parenté avec Roland. Perec se situe dans l'espace, avec ses tentatives d'épuisement des lieux, alors que Roland se situe à mon avis dans le temps, avec des photographies instantanées d'instants miraculeux. Mais bon, c'est vrai que Perec a écrit "Les choses"...

Ecrit par : Nuel | 02 septembre 2009

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Je voulais dire par là que l'un et l'autre pratiquent, ou ont pratiqué à merveille une sorte d'art de la recension (pas sûr de l'orthographe sur ce coup-là), et si Perec souhaitait, je crois, se placer dans des descriptifs sans affect (en écoutant sa voix sur "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien", je ne suis pas tout à fait convaincu de l'entière réussite de ce détachement souhaité), l'écriture de Roland, elle, fourmille de mille battements de cœur, mais se situe bien dans un "espace d'espace" déterminé ; tout ceci n'est pas si éloigné je pense et c'est en ce sens que j'estime la référence à Georges Perec assez juste.

Ecrit par : Hervé Bougel | 02 septembre 2009

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Je suis bien contente de retrouver sur ton blog ta vie, ton oeuvre, ton c...hapeau.
Continue bien
c'est un ordre!

Ecrit par : marilyne | 04 septembre 2009

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Par association d'idées avec ce qui précède, je signale cher pré-carreleur à l'attention de ta fibre perequienne (avec ou sans accent, déjà ?) la récente parution d'un livre très joli, "Quelques unes des choses qu'il faudrait tout de même que je fasse" aux éditions Autrement. L'album est rehaussé de malicieux collages signés Bruno Gibert, qui s'ébroue dans un autre des terrains de jeux de Perec : les cartes postales de vacances. Il s'agit naturellement d'une sélection des "choses à faire avant de mourir", mais les trois derniers mots du titre ont ici été supprimés, parce que, chez Autrement, c'est pas comme chez le Pré Carré, on a peur de faire fuir le client en prononçant le mot "mort"...

Ecrit par : Fabrice Vigne | 08 septembre 2009

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