03 janvier 2012
Le Pont du Change
Voici deux années que l'aimable mais néanmoins redoutable Jean-Jacques Nuel, qui longtemps dissimula sous le gilet pare-balles du fonctionnaire appliqué et rigoureux un esprit de serial killer à la hache, a créé les éditions Le Pont du Change.
5 livres ont parus depuis, avec l'esquisse de deux collections : l'une serait consacrée aux heurts et malheurs de la papeterie et des ses affidés, avec d'emblée la publication du très aiguisé : "Tu écris toujours ?" de Christian Cottet Emard, un "Manuel de survie à l'usage de l'auteur et de son entourage", narrant les déboires, déconvenues et diverses aventures de l'écrivain en goguette, en résidence, ou en salon. Cet ouvrage est salutaire pour tous ceux qui voudraient ne plus écrire ; hélas, nous n'en connaissons que fort peu… C'est même le trop plein, comme disait Charles… L'autre titre est un recueil d'articles d'Alphonse Allais (1854 -tiens un contemporain de Rimbaud !-1905 (tiens, un contemporain de Jules Verne !) extraits des " Œuvres posthumes". Avec l'esprit qu'on lui connait -ou celui qu'on lui suppose (tous les "bons mots" sont de Guitry, Courteline ou Allais, c'est bien connu) - Allais prévoit les énergies nouvelles, il propose des solutions pour l'amélioration de la qualité de l'air en ville, envisage la conférence téléphonique pour les députés, suggère aussi la création d'un plage à Paris… Faudrait peut-être le prendre au gouvernement…Y'a de la d'mande …
L'autre collection pourrait être une collection de poésie, j'emploie ici le conditionnel car les trois titres parus à ce jour sont du même auteur : Roland Tixier. Il neigeait sur le Cours Tolstoï, à Villeurbanne en janvier 2000 et on ne sait par quelle mécanique silencieuse la machine Tixier s'est mise en route à ce moment-là et a, depuis, laissé floconner des milliers de poèmes désignés par leur auteur sous le terme générique de : "Haïkus urbains". "Simples choses", "Le passant de Vaulx-en-Velin" dernier paru avec le concours de la Ville de Vaulx, justement, permettent d'aligner les poèmes de trois vers, de visiter, au petit pas de leur auteur, la ville et ses éclats, ses lueurs, ses néons, son obscurité et au final son mystère et celui des êtres qui la peuplent.
"quels terribles visages
maintenant que l'on peut
parler seul dans la rue"
"bus au cœur de l'hiver
vague bruit des essuie-glaces
questions sur les visages"
"premier grand soleil de mars
venu du fond des âges
secousse dans la poitrine"
Avant ce "Passant de Vaulx-en-Velin", Jean-Jacques Nuel publia, à la fin de l'été, une réédition de : "Chaque fois l'éternité", du même Tixier, un recueil paru à l'origine en 1989. Chronique d'un été en Limousin pour l'enfant de la ville qu'était Tixier, la vie d'avant, l'énumération précise et sensible d'un temps enfui, si ce n'est d'un monde disparu nous ramène, comme vingt années plus tard, à l'essentiel de nos vies : le temps, le cœur, nos secrets, nos espoirs, nos souvenirs…
Je vous souhaite pour cette année de découvrir la poésie de Roland Tixier, si vous ne la connaissez pas encore - Je l'ai beaucoup publiée moi-même -, et je vous souhaite de belles découvertes avec "Le Pont du Change", de Jean-Jacques Nuel.
Pour ce qui concerne pré # carré, l'abonnement est possible et même souhaité, et je serai le dimanche 8 janvier à 17 heures à nouveau l'un des invités du Cabaret Poétique" de Frédéric Houdaer, au Périscope, à Lyon.
22:02 Publié dans Anthologie portative | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : thierry renard, claude renard, cabaret poétique, le périscope, vaulx-en-velin, jean-jacques nuel, roland tixier, le pont du change, christian cottet emard, alphonse allais, courteline, guitry, jules verne, rimbaud, frédéric houdaer |
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